Alouette, gentille, alouette

Le point sur la ligne #9, Tribulations lexico-verticales

1-alouetteCe matin, une curieuse question m’est venue à l’esprit, de celles qui surgissent quand on est encore entre le rêve et l’éveil : “Quel point commun y a-t-il entre une prairie, une alouette et un citron ?”. J’avais beau me creuser le ciboulot, je n’en voyais aucun, si ce n’est leur appartenance au monde du vivant. Et puis je me suis souvenue qu’en anglais, ils se télescopent dans le nom d’un célèbre bloc de Red Rocks : Meadowlark Lemon !

Ouvert en départ debout en 2010 puis libéré en départ assis deux ans plus tard par Paul Robinson, ce test de compression sur le fabuleux rocher stratifié du Nevada était initialement coté V15/8C. Une hirondelle ne fait pas le printemps, il fut revu à la baisse à V14/8B+ après le passage de quelques répétiteurs peu adeptes de la politique de l’autruche : Dave Graham, Carlo Traversi, Daniel Woods et James Webbs, entres autres… Ce dernier, au passage, faillit même le flasher !

2-meadowlarkJusque-là, rien de très original. Ce qui l’est plus, c’est que Meadowlark Lemon vient d’être réalisé par un gamin de 13 ans ! Et que ce dernier est le plus jeune grimpeur à atteindre ce niveau de performance. Certes, Mirko Caballero est loin d’être un inconnu. Ce n’est pas non plus un perdreau de l’année, malgré son jeune âge. Il appartient à cette génération de grimpeurs américains sans complexes qui plument tout sur leur passage. Pour mémoire, Mirko a engrangé son premier 8b flash l’été dernier à Céüse, avec Slow food

Dans le même style, la jeune Ashima Shiraishi n’a rien d’une oie blanche. Elle a fait la couverture du New York Times pour ses incroyables performances (Crown of Aragorn, 8B, à l’âge de 10 ans, notamment). La semaine passée, elle a survolé la grotte de Santa Linya, glanant négligemment Favela (8c+), Rollito Sharma extension (8c) et Digital system (8c), avant d’aller manger une pizza géante avec son papa. Ç’eut pu être un canard à l’orange ou un burger…

3-ashimaQuant à Mirko Caballero, c’est un drôle d’oiseau ! Il parle couramment 4 langues. Pas vraiment ce qu’on appelle une cervelle de moineau… Ses parents, sacrés Champions du Monde de rock acrobatique dans les années 90, nichèrent successivement en Turquie, en Allemagne, en Bolivie, en Suisse, en France et aux USA. À 3 ans, il grimpait déjà ; à 10, il faisait du 8A bloc ; et à 12, il se paya le terrible Evilution direct, un highball de Bishop qui n’est pas franchement pour les poules mouillées !

3bis-parents-mirkoMais revenons-en à Meadowlark Lemon, car je bavarde comme une pie et je prends la clef des champs en rêvant au “vert paradis des amours enfantines”, celui dont Baudelaire se demandait s’il était “déjà plus loin que l’Inde et la Chine”… N’en déplaise aux poètes et aux naturalistes, cet étrange nom, Meadowlark Lemon, n’a rien à voir avec les pâturages, les volatiles ou les agrumes ! C’est tout bêtement un patronyme, celui d’un ancien joueur de basket américain…

Né en Caroline du Nord en 1932, Meadowlark Lemon resta de 1955 à 1975 dans les Harlem GlobeTrotters et participa à plus de 16000 matchs d’exhibition. Cette célèbre équipe de basket, entièrement composée de joueurs noirs refusés dans d’autres équipes pour des questions raciales, se produisait à travers le monde dans des performances mi sportives mi burlesques. Meadowlark Lemon y tenait le rôle du Clown Prince, il était sponsorisé par Burger King et sa spécialité était le tir à bras roulé.

4-meadowlarkbasketC’est probablement ce geste incroyable qui a incité Paul Robinson à nommer son bloc ainsi, par analogie avec le jeté en compression sur l’arête, bras tendu, que Meadowlark Lemon requiert. En réalité, c’est “Goose” Tatum (littéralement l’Oie Tatum) qui est l’inventeur du bras roulé. Aujourd’hui, cette technique qui consiste à tirer au panier en amenant la balle bras tendu au-dessus de la tête a pratiquement disparu du basket moderne, en raison de la difficulté qu’on a à le contrôler…

Apparemment, il est encore à la mode en escalade et c’est tant mieux. Les jeunes ont l’air de le contrôler assez facilement et pressent comme des citrons tous les blocs qui se présentent ! Peut-être chantent-ils des comptines au rocher pour l’amadouer et se sentir des ailes ? Si oui, on ne peut que leur suggérer cette chanson française qui date du 19e siècle : “Alouette, gentille alouette / Alouette, je te plumerai !”

5-Mirko-Caballero-Meadowlark-Lemon-V13Photo Max Moore, coll. Ashima Shiraishi, coll Mirko Caballero

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3 réflexions au sujet de « Alouette, gentille, alouette »

  1. bon on parle beaucoup des jeunes prodiges mais et les seniors alors toujours là ?

    un peu plus facile à lire que d’habitude, plus de fluidité, j’ai presque tout compris du 1° coup !

    on attend la suite bien sur, après l’alouette on pourrait passer aux vautours de plsu en plus nombreux à nous épier pendant qu’on grimpe

    a+

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