Cha-cha-cha des plombs, de la danse et de l’escalade, suite

Le Point sur la ligne #2, Tribulations lexico-verticaleschachacha

« Une bande de thons, descendant la rivière, s’en allait gaiement, s’en allait gaiement / Une bande de thons, descendant la rivière, s’en allait gaiement vers l’océan… ». Voilà ce que chantait Jacques Hélian et son orchestre à la fin des années 50, sur un air digne des meilleurs thés dansants. « Cha-cha-cha des thons, reprenaient les choristes, Cha-cha-cha des thons », « Cha-cha-cha des thons, avec un t comme crocodile, Cha-cha-cha des thons avec un t ».

Que vient faire ici cette chanson loufoque, propice à esquisser quelques pas d’inspiration latino ? Alex Honnold se sent l’âme d’une ballerine, c’est entendu, mais sauf erreur de ma part, son escale mexicaine ne l’a pas métamorphosé en danseur de salon. Le Cha-cha-cha, dérivé de la rumba et du mambo, tire son nom d’une onomatopée évoquant le son produit par le frottement des pieds sur le sol. Or Alex Honnold ne frotte pas ses pieds sur le sol, ni sur le rocher d’ailleurs… Alors quoi ?

Les voix du langage marketing sont impénétrables et on pourrait croire que Petzl nous convie à un véritable Cha-cha-cha, non pas des thons mais des plombs, avec sa nouvelle gamme de cordes : « Cha-cha-cha des plombs avec un p comme volatile, Cha-cha-cha des plombs avec un p ». Sur les 7 nouvelles cordes mises sur le marché, 5 ont des noms appartenant au champ lexical de la danse (Mambo 10,1mm ; Volta 9,2mm ; Tango 8,5mm ; Salsa 8,2mm ; Paso 7,7mm). De quoi virevolter dans les airs…

ninaNina Caprez prend son envol dans Guerre d’usure (photo Raph Fourau)

La volte est une ancienne danse folklorique, italienne et provençale, proche de la valse. Le terme provient de l’italien volta, lui-même issu du latin populaire volvere, « tourner ». On retrouve la même racine dans les mots français « volte-face » (de l’italien volta faccia) et dans « voltige » (de l’italien volteggiare), qui tout deux expriment bien l’idée de rotation. « Voltige » apparaît en français d’abord avec le sens « d’exercice d’équitation » au XVIIe puis au XVIIIe avec celui  « d’exercice d’acrobatie exécuté sur une corde lâche ou un trapèze volant » (Littré).

Quant au mambo, popularisé en 1956 par Brigitte Bardot dans le film Et Dieu créa la femme, c’est un mot d’origine bantoue signifiant « voix en chœur ». Rien à voir, donc, avec les mouvements suggestifs de l’actrice… Rien à voir non plus avec le mamba, pourtant proche phonétiquement et lui aussi adepte des déplacements ondulatoires. Issu du zoulou imamba, ce serpent appartient à la famille des Elapidae (du latin ex et lapis : littéralement, sorti des pierres). Disponible en green, comme la Mambo 10,1mm, il se love près des rochers mais lui, il ne vous sauvera jamais la vie…

Mamba_Dendroaspis_angusticeps

Mon grand-père, aujourd’hui centenaire, regrettera sans doute que ne figure dans la liste des nouvelles cordes aucune des danses qu’il affectionnait dans sa jeunesse – charleston, fox-trot ou be-bop. Mais il se consolera en constatant que les couples de grimpeurs chez Petzl – ou plutôt les cordées – se nouent et se dénouent aux sons de musiques sud-américaines très hot, surtout lorsqu’il s’agit de cordes à double. Rappelons pour mémoire l’étymologie de « salsa » (terme cubain signifiant « sauce piquante », en référence au rythme et au mouvement caliente des danseurs).

Ça tombe bien (c’est le cas de le dire), parce que quand le grimpeur ne sait plus sur quel pied danser et qu’il faut absorber l’énergie de sa chute de reins, ça peut vite devenir « chaud bouillant », voire « chaud patate » ! Il faut savoir donner le « mou » ou le « ravaler » aussi aisément qu’un crocodile engloutit un thon. « Cha-cha-cha des thons, avec un t comme crocodile, Cha-cha-cha des thons avec un t ». Bref, ce n’est plus le moment de jouer au con, et surtout pas à celui qui est implicitement en arrière-plan de la chanson de Jacques Hélian.

À propos, un autre pastiche de cette petite merveille aurait pu donner : « Cha-cha-cha des plombs avec un p comme banderilles, Cha-cha-cha des plombs avec un p ». Reste à savoir si les taureaux Edelrid, Beal et consorts n’auraient pas envoyé valser le péon Petzl dans les airs, bien avant que ce dernier ne s’avise de leur couper les oreilles et la queue ! À vrai dire, comme je préfère l’escalade à la corrida, je m’en tiendrai à ma première version, un peu moins cavalière…

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4 réflexions au sujet de « Cha-cha-cha des plombs, de la danse et de l’escalade, suite »

  1. J’aime, oui ! Juste une remarque : les paroles de cette chanson ne sont pas exactement celles ci selon mes souvenirs (anciens, il est vrai) mais :
    « Cha cha cha des thons avec un c comme crocodile…
    Cha cha cha des thons avec une c… cédille ! »
    Mais ce n’est pas bien différent !

    • C’est bien possible ! En vérifiant les paroles, j’ai retrouvé différentes versions, dont une reprise par Carlos où les thons ne descendent pas la rivière, mais la remontent, vers… Val d’Isère !

  2. A ajouter à la gamme musicale la lambada et sa danse corps à corps ondulante et balayante , à ne pas confondre avec notre »ambada » Corse et sa houle générée par cette brise de mer fraîche dont on voudrait qu’elle accompagne plus souvent nos réalisations grimpesques .

  3. Ping : Feu à Taïpan Wall ou feu Taïpan Wall ? | Le grand 8

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