Dino Buzzati

buzzati

La rubrique D’Antan est d’ordinaire consacrée, dans EscaladeMag, à des pionniers de l’escalade, à des figures mythiques à l’origine des plus grands itinéraires des Alpes, des personnages emblématiques de l’évolution de l’activité. Dans le n°56 d’EscaladeMag, j’ai opté pour un chemin de traverse, en m’intéressant à Dino Buzzati, célèbre écrivain italien, aussi amateur d’escalade à ses heures perdues…

Dino Buzzati : « J’ai besoin de grimper pour me sentir vivre »

L’écrivain italien Dino Buzzati est très connu en France pour son roman Le Désert des Tartares et pour son recueil de nouvelles, Le K. Dans son œuvre, peu de textes évoquent les grandes passions de sa vie, la montagne et l’escalade, qu’il pratiquait pourtant chaque été dans les Dolomites. Quelle est la clef de ce mystère ?

Dino Buzzati est né le 16 octobre 1906 à San Pellegrino di Belluno, en Vénétie. Après des études de droit, il devient journaliste au Corriere della serra, grand quotidien milanais où il poursuivra sa carrière jusqu’à la fin de sa vie. Il meurt en 1972, d’un cancer du pancréas, comme son père avant lui. Sa principale œuvre, Le Désert des Tartares, paraît en Italie en 1940 et ne sera publiée en France qu’en 1949. C’est elle qui lui vaudra la célébrité.

Ce roman sur l’attente vaine et sur la fuite du temps se situe dans une vieille citadelle militaire où le héros, Giovanni Drogo, attend moins l’ennemi que la mort. Dino Buzzati, grand connaisseur des Dolomites, où il passait chacun de ses étés, aurait pu choisir pour théâtre de ce drame, un paysage de montagnes et de falaises détritiques, mais c’est aux portes d’un énigmatique désert qu’il a placé le personnage principal de son roman, qui voit filer les années sans jamais pouvoir prendre part à l’attaque, devenue mythique, des Tartares.

La quasi-absence des sommets dans l’œuvre de Buzzati est manifeste. Elle a d’ailleurs toujours laissé les critiques perplexes. Naguère, Pierre Mazeaud s’interrogeait à ce sujet : pourquoi Buzzati n’a-t-il pas écrit le « grand roman sur la montagne » qu’on aurait décemment pu attendre de lui ? Car il n’y a guère que dans son premier récit, Barnabo des Montagnes, que la thématique affleure. Et ceci est d’autant plus étonnant que ses activités journalistiques, en revanche, témoignent largement de son intérêt pour les hauteurs et qu’il est aussi l’auteur d’une préface pour A mes montagnes de Walter Bonatti.

On prend la mesure de son réel attachement pour l’escalade et de son implication dans le milieu alpin, en lisant l’ouvrage Montagnes de verre, paru chez Denoël en 1992 et réédité chez Guérin en 2002. C’est un recueil d’articles publiés entre 1932 et 1971 dans divers journaux italiens, et réunis après sa mort, où l’on trouve pêle-mêle des portraits d’alpinistes, des textes sur l’évolution de l’escalade, des évocations poétiques des Dolomites, un récit du drame du Freynet…

Car Buzzati est profondément grimpeur, viscéralement grimpeur, devrait-on dire. Il commence l’escalade près de Lecco, dans les Grigne, puis explore les Dolomites : tour de Sella, Cima della Madonna, Saas Maor. Certes il ne dépasse guère le Ve degré mais il grimpe avec les figures marquantes de ce massif dans les années 30 : Mattilio Tissi, Ernani Faes, Furio Bianchet, Alvise Andrich (auteur de nombreuses premières dans le Massif de la Civetta)…

La correspondance de Buzzati avec un de ses amis grimpeurs, Lettres à Brambilla (Grasset, 1988), est également très éclairante. On y découvre un Buzzati « tout amour pour les montagnes » dans ses jeunes années, un être qui a « besoin de grimper pour [se] sentir vivre » mais qui est parfois plein de doutes, surtout après guerre, à mesure que les années passent : « toujours hors de nous, [les montagnes] ne nous ont jamais appartenu, [elles] ne répondent jamais à l’amour que nous leur portons. Je crains qu’elles ne soient, elles aussi, une illusion ».

Les Lettres à Brambilla permettent de comprendre que la représentation idéale que Buzzati se faisait des sommets s’accorde mal avec les imperfections inhérentes à la littérature : « Tous ces autres qui profanent de leur plume la montagne, la souillent de leurs splendides images fleurant la rhétorique […] n’y comprennent rien… Les textes des maniaques des ascensions ne sont pas de la très haute littérature ». On perçoit également, au fil des lignes, que Buzzati ne s’estimait pas être un grand alpiniste. Deux raisons qui éclaircissent le mystère de l’absence des sommets dans son œuvre ?

Publicités

5 réflexions au sujet de « Dino Buzzati »

  1. Je connais très peu l’œuvre de Dino Buzzati mais son amour de l’escalade était déjà très prégnant dans la nouvelle « La tour Eiffel », présente dans son recueil « Le K ». Ça doit faire près de 25 ans que j’ai lu cette nouvelle mais j’en garde un merveilleux souvenir.

    En tout cas cet article m’a donné envie de me replonger dans sa bibliographie. Merci !

    • Merci pour vos retours ! Le K est fabuleux, je l’ai lu il y a longtemps, il faudrait que je le relise, mais je garde en mémoire un texte, qui s’appelle « La Chasse aux vieux » et qui est assez édifiant ! (sans rapport avec la montagne par contre)

  2. Très heureux de lire sur Buzzati.L’altitude est,ironiquement présente dans quelques nouvelles dont l’extraordinaire Les sept étages.Altitude très relative mais ô combien inquiétante.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s