Patrick Edlinger, le livre

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La biographie tant attendue de Patrick Edlinger vient de paraître aux éditions Guérin, dans la Collection Texte & images, les célèbres livres rouges. Un travail pour lequel Jean-Michel Asselin a œuvré en étroite collaboration avec le grimpeur disparu et qui aurait dû sortir du vivant de Patrick si un banal accident domestique, une chute dans un escalier, ne l’avait subitement emporté le 16 novembre dernier…

J’ai reçu l’ouvrage ces jours-ci et je l’ai lu avec intérêt, même si au départ, j’étais un peu perplexe quant à l’opportunité de sortir si vite, si tôt, une œuvre encore en cours d’élaboration, conçue au départ à quatre mains, et dont le principal intéressé, fortement impliqué dans le projet, n’était plus là pour valider ou amender la version définitive.

Dans le catalogue de Guérin, j’avais déjà pu lire des extraits, prépubliés fin 2012, dont un passage fort édifiant, dressant un portrait peu flatteur de l’artiste en icône déchue. Les douloureuses révélations de Patrick sur les difficultés traversées ces dernières années – alcool et dépression, dont il voulait témoigner pour dire qu’il s’en était sorti – ne risquaient-elles de prendre une résonnance bien particulière, maintenant qu’il n’était plus là pour en parler ?

N’allaient-elles pas entraîner rumeurs ou réinterprétations a posteriori des causes de sa mort (comme on avait pu le lire ou l’entendre ici ou là, sans grande retenue) ? N’allaient-elles pas susciter de nouvelles analyses en complète contradiction avec ce que, au fond, Patrick avait voulu montrer de lui-même en entreprenant ce livre, avec la trace qu’il souhaitait laisser ? Autant de questions qui me tenaillaient…

À feuilleter dans un premier temps l’ouvrage, j’ai trouvé l’iconographie belle et abondante. Comme dans les autres recueils de cette collection, un important travail de recherche documentaire a été fait et se trouvent réunis à la fois des images peu ou pas connues, issues des archives familiales, et des clichés plus classiques de Patrick, immortalisé par les grands ténors de la photographie (G. Kosicki, M. Rebeix, Ph. Poulet, F. Ferreira, R. Nicod, H. Zak, etc…).

À la lecture, l’ouvrage s’est avéré plutôt plaisant. Le style est vivant et les nombreuses citations de Patrick servent bien le récit. On reconnaît notamment son phrasé et les expressions qu’il aimait employer. Le découpage, qui hésite parfois entre la chronologie et la thématique, fait se succéder en huit chapitres (Vivre ; Enfance ; Amis ; Célèbre ; Voyages ; Combat ; Libre ; Signes) les différentes facettes de sa vie et éclaire bien ce qu’il a été, dans ses fulgurances et dans ses contradictions.

Du côté des petits bémols, sur le plan de la forme, on regrettera qu’une relecture et une sortie quelque peu hâtives n’aient pas permis de détecter un certain nombre de coquilles qui parasitent la lecture. Dans le même ordre d’idée, si l’iconographie illustre généralement plutôt bien le propos, il y a parfois quelques discordances entre ce qu’on lit dans le texte et ce que montrent les photos ou indiquent les légendes. Autre petit soucis, de fabrication cette fois, l’encre des photos a eu tendance à baver sur les pages en regard, ce qui est dommage pour un beau livre dont le prix est tout de même de 56€ (pour ma part, je l’ai reçu en service de presse mais j’aurais été un peu déçue de « l’objet » si je l’avais acheté).

Sur le fond, maintenant, on ne sait pas toujours comment faire la part de la vérité et de la légende, mais il est bien évident que cette problématique est à l’œuvre dans tout texte autobiographique. Comment échapper à l’autojustification a posteriori par l’écriture, à la réinterprétation mythique de sa vie ? Comment rendre compte au plus juste de ce qui a été, lorsque le temps s’est écoulé ? Bien des écrivains se sont posés ces questions. Dans le cas précis, le texte n’a pas une visée littéraire mais plutôt documentaire. Le classer dans le genre autobiographique, comme indiqué sur le bandeau de couverture par l’éditeur, me paraît d’ailleurs abusif ; je parlerai plutôt de biographie autorisée.

Quoiqu’il en soit, Jean-Mi Asselin évite, je crois, l’écueil de l’hagiographie, même s’il a de temps en temps du mal à se départir – ayant bien connu, côtoyé et admiré Patrick – de certains clichés prêtés au personnage ou savamment entretenus par lui. Malgré tout, le livre garde une valeur testimoniale et journalistique certaine. L’épilogue, dans lequel Patrick explique quels sont ses projets à venir, est de ce point de vue très touchant. On y découvre un homme rasséréné, sorti de l’ornière et on se dit que c’est trop bête qu’il n’ait pas pu mener à bien tout ce qu’il voulait entreprendre…

Retrouvez aussi la critique sur www.escalademag.com

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2 réflexions au sujet de « Patrick Edlinger, le livre »

  1. A la lecture de ce lire, ce n’est pas uniquement la vie de Patrick que j’ai redécouvert mais un peu une partie de la mienne. Même si je me suis un peu éloigné du monde de l’escalade, c’est avec beaucoup d’émotion que j’ai lu la bio de Patrick, un grimpeur d’exception que je considère comme un grand frère (avec l’autre Patrick, le cousin avec qui on aurait envie de faire des bêtises).
    Je ne l’ai pas connu personnellement mais c’est tout comme tellement il a bouleversé ma jeunesse. Très ému car j’ai eu l’impression de feuilleter un album de famille… Une très grande famille car nous sommes des milliers de grimpeurs à avoir découverts notre passion grâce à lui.

    Merci Patrick et merci aussi la chance de m’avoir mis devant les Carnets de l’Aventure un soir de 1982.

    • je lis actuellement le bouquin, j’en suis à la moitié. A la mort du Blond j’ai ressenti à peu près la même chose que toi et ce sentiment incompréhensible de proximité envers un « inconnu » je l’ai aussi éprouvé…la mort du Blond, c’est comme si on claquait définitivement la porte sur mon enfance…
      Pourtant grand admirateur du blond, il me manque quelque chose dans cette lecture et en comparaison j’ai préféré la bio du Dieu de la neige et du froid, son frère de cordée, le Brun par Bricola. Quand bien même cette bio est intéressante, riche et parfois très émouvante je pense que cela vient de la forme, « la bio autorisée » qui autorise mais empêche aussi probablement d’éclairer d’un autre regard ce parcours d’un homme hors du commun. Néanmoins ce livre me semble indispensable. Merci pour l’hommage rendu dans un numéro spécial EM…

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