Itw Anne Gery

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Dans le prolongement du n°55 d’EscaladeMag, consacré à Patrick Edlinger, voici une interview, touchante, d’Anne Gery, qui a été sa compagne. Nous avons discuté au téléphone peu jours après l’annonce du décès de Patrick, merci à Anne pour sa grande disponibilité dans ces moments de deuil…

Comment as-tu connu Patrick ? Qu’est-ce qui t’a séduit chez lui ?
C’était en 1983. À cette époque, je partageais un appartement dans le village d’Argentière avec Jean-Paul Lemercier, un très bon copain de Patrick et c’est à cette occasion que je l’ai rencontré pour la première fois. Je n’étais pas grimpeuse moi même, je ne connaissais rien à l’escalade, j’appartenais au milieu de la glisse ; mais j’avais quand même vu La Vie au bout des doigts aux Carnets de l’aventure et je le connaissais donc, forcément. Il se trouve que j’étais dans une période très difficile de ma vie suite au décès de mon frère et j’ai été très touchée qu’il s’intéresse à moi, qu’il prenne le temps de m’écouter, de s’occuper de moi, alors qu’il était célèbre et avait toutes les filles après lui. Toute ma vie a basculé, il m’a proposé un rêve et un an plus tard, je suis partie m’installer dans le sud avec lui.

Tu te souviens de tes débuts en escalade ?
Oui, c’était au Cimaï. Ça faisait un an et demi que j’accompagnais Patrick en falaise mais je ne grimpais pas. Je restais au pied des voies et j’observais beaucoup, je m’imprégnais de l’ambiance. Au bout d’un moment, les amis de Patrick, Bernard Gorgeon, Panam et Jean-Paul Lemercier, m’ont dit : « Ça suffit maintenant, tu vas mettre des chaussons et tu vas venir grimper ! ». Et ils m’ont emmené faire la seule voie en 4 du Cimaï !

Par la suite, vous grimpiez ensemble ?
Non, on allait ensemble en falaise mais il y avait trop de différence de niveau. Je l’ai beaucoup assuré, par contre ! Et je l’ai beaucoup observé aussi ; j’ai beaucoup appris en le regardant grimper. Aujourd’hui, c’est devenu totalement ma passion, dès que j’ai un moment de libre, je vais grimper. Toutes mes vacances sont consacrées à ça ! L’escalade, c’est une formidable école de vie, où l’on passe de bons moments avec des copains mais où l’on a aussi la responsabilité de la vie d’autrui entre ses mains. On apprend le respect de l’autre et la concentration. Il se passe quelque chose entre deux personnes. Ces notions-là, c’est aussi Patrick qui me les a transmises.

Comment s’organisait votre vie commune par rapport aux impératifs de sa carrière ?
Je m’occupais de beaucoup de choses, de la gestion de ses affaires : les compétitions, les films, les voyages, la marque de vêtement, la pub Grany, tout ça… Je tenais à jour son agenda, j’étais chargée des relations avec la presse et avec ses partenaires, je m’occupais de la logistique et de l’organisation de ses voyages, je gérais l’intendance. Ses parents aussi géraient les affaires. Lui, il voulait être peinard et n’avoir qu’à grimper. Il était jeune et pas forcément prêt à assumer cette notoriété et tout ce qui allait avec. Moi, je pouvais le faire, ma mère était attachée de presse, j’avais plein de contacts et puis, j’avais déjà vécu des choses qui me permettaient d’assumer cette situation.

Comment vivait-il toute cette médiatisation ?
La médiatisation, il ne la reniait pas, bien évidemment. Il était conscient que c’est ce qui lui permettait de vivre sa passion. Mais il n’était véritablement heureux que lorsqu’il était à Fontainebleau ou en falaise avec ses copains. Patrick était quelqu’un de très timide et ce n’était pas facile pour lui de sentir qu’on le regardait grimper ou qu’on le reconnaissait. La mise en lumière le perturbait. Je me souviens qu’il me racontait toujours qu’il s’était mis à fumer lors de la première projection du film Opéra vertical, à la salle Pleyel, à Paris, parce qu’il stressait à l’idée de monter sur scène. Une autre fois, il avait été invité pour faire une conférence sur le vertige. Ça avait lieu à l’hôtel Georges V et c’était organisé par un grand laboratoire. On était totalement pris en charge et on devait passer 3 nuits de ce grand hôtel parisien. Mais dès le premier jour, on s’est cassé, on est parti à Fontainebleau, dormir dans des sacs de couchage ! Ce n’était pas notre monde. Patrick n’aimait pas le luxe, ni le blingbling !

Si tu ne devais retenir qu’une chose de Patrick, qu’est-ce que ce serait ?
Patrick était quelqu’un d’hyper passionné et surtout d’extrêmement talentueux. Je crois que je n’ai jamais vu quelqu’un grimper aussi bien que lui. Il n’y avait que l’escalade qui comptait pour lui. Il lui fallait grimper, grimper, grimper ! C’était sa priorité. Il avait cette façon de vivre à 100% sa passion, quitte à se fâcher avec des gens. Il ne voulait pas faire de concessions. J’ai vécu des années exceptionnelles avec lui, c’était quelqu’un de très compliqué à vivre mais les choses fortes ne sont pas simples. Je ne regrette absolument rien. Il avait ses qualités et ses défauts mais il savait ce qu’il voulait.

Étais-tu toujours en contact avec lui ces dernières années ?
On n’a pas eu une séparation facile et chacun a refait sa vie. Mais on se voyait encore de loin en loin et on s’appelait encore. Je l’avais vu par exemple lors des obsèques de Patrick Berhault et aux rassemblements Vertigo organisés au Verdon. Dernièrement, il m’avait contacté pour que j’assure les relations presse pour le lancement du livre qu’il préparait aux éditions Guérin avec Jean-Mi Asselin. Ça m’avait fait très plaisir qu’il fasse appel à moi. Je l’ai eu encore au téléphone quelques jours avant son décès…

Il s’est écrit beaucoup de choses au moment de sa mort, du fait de l’absence de version officielle concernant les causes de son décès, comment as-tu vécu cela ?
J’ai été très choquée et sa famille aussi. Patrick avait des hauts et des bas mais ces derniers temps, il allait mieux et il avait plein de projets. Je trouve que c’était vraiment déplacé d’évoquer un certain nombre de choses dans ce moment de deuil. Même si Patrick était encore parfois en dépression, ce n’était vraiment pas le moment de parler de ça…

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2 réflexions au sujet de « Itw Anne Gery »

  1. Elle a pas honte de profiter de la mort de Patrick pour se faire valoir?Tout le monde sait que c’ est de l’histoire ancienne il faudrait savoir rester à sa place…….avec plus d’humilité et moins de mensonges…Il se retournerait dans sa tombe le blond s’il n’avait pas été incinéré…..ou bien il rirait de savoir qu’il avait dit juste sur les gens qui s’évertuaient à s’accrocher à lui comme des parasites.Alors tant mieux pour ceux qui continuent à vivre à travers lui s’ils ne savent pas faire autrement.;;Dommage mais chacun son chemin……bonne route à tous……

  2. Moi je trouve ça touchant, Anne est la seule à pouvoir nous faire partager cela. Je ne pense pas qu’il n’y avait que des parasites autour de Patrick. On peut aussi lui faire confiance à sélectionner ses proches.
    Merci à Anne.

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