Interview Ramon Julian Puigblanque

Quel plaisir et quel honneur de publier une interview de ce mythique falaisiste espagnol dans le n°49 d’EscaladeMag (avril 2012) ! Car s’il y a un grimpeur qui m’inspire sur le circuit, c’est bien lui ! Petit mais incroyablement fort, les problèmes morpho, connaît pas !

Incroyable Ramonet

Petit mais costaud : ce célèbre slogan publicitaire semble avoir été inventé pour le grimpeur espagnol Ramon Julian Puigblanque ! Avec un titre de Champion du Monde en 2011 et plus de 20 voies dans le 9e degré à son actif, Ramonet aborde la saison 2012 sereinement. Rencontre.

Raconte-nous tes débuts ! Comment as-tu découvert l’escalade ? Pourquoi la grimpe plutôt qu’une autre activité ?
J’ai commencé à grimper quand j’avais 13 ans, sur un site d’escalade près de chez moi. J’accompagnais souvent mon père en rando en montagne, et un jour, un ami à lui m’a fait essayer l’escalade. Je ne pouvais plus m’empêcher de penser à l’escalade. Malheureusement, deux jours après l’achat de mon premier matos, j’ai fait une chute maladroite avec fracture du pied… Donc j’ai dû redémarrer sérieusement à 14 ans. Là j’étais vraiment concentré et très motivé, je me suis aperçu que ma progression était constante, rapide et que j´étais doué.

As-tu pratiqué d’autres sports et qu’as-tu appris, expérimenté, dans ces différentes pratiques, qui t’est encore utile aujourd’hui ?
Lorsque j’étais petit, j’ai fait du foot-salle, et aussi du ping-pong, à l’école. Je m’en souviens, mais depuis, je n’ai pratiqué ces activités que sporadiquement, avec des amis. De ces deux activités, je pense que j’ai retenu l´idée de l´effort pour progresser, la passion pour la victoire et aussi l’envie de profiter du moment.

À l’automne dernier, tu as réalisé un 8c+ à vue, une performance impressionnante. Tu peux nous en dire quelques mots ?
Objectif atteint, à vrai dire cela faisait un bon moment que je cherchais à progresser dans mon niveau à vue, et cela s’est fait par hasard, à Rifle, aux Etats-Unis, après la Coupe du Monde de Boulder. J’en suis bien fier car il s´agit d´un spot où les « à vues » sont bien difficiles à déchiffrer.

D’une manière plus générale, comment gères-tu ta pratique par rapport à la falaise ? Est-ce que ton entraînement est orienté uniquement vers la compétition ou te ménages-tu aussi des périodes pour concrétiser dehors ?
Pour moi, il n’existe pas vraiment de différence entre la compétition et la falaise. Certes, je suis beaucoup plus concentré dans la compétition pendant la saison, et mon entraînement s’oriente d´avantage à celle-ci. Mais je garde toujours dans l´esprit mes objectifs et projets en falaise, cela m’aide aussi à atteindre ces objectifs. Pour ainsi dire, je transfère de manière assez naturelle, les entraînements pour la compétition à mes performances en falaise.

Tu es surnommé Ramonet, c’est-à-dire le « Petit Ramon » : comment fais-tu pour rivaliser avec les meilleurs, malgré ta petite taille ?
Eh bien… la seule solution pour me défendre, c’est de bien m’entraîner, en potentialisant beaucoup le physique, et notamment la résistance et la force, ainsi que les jetés et les mouvements d´ampleur.

En 2011, tu as fini 2e de la Coupe du Monde, juste derrière l’autrichien Jakob Schubert qui a fait une saison incroyable. Est-ce un adversaire que tu as vu monter ou est-ce une totale surprise ?
Il est vrai que Jakob est très fort, il a beaucoup progressé ces dernières années ; mais je pense qu’il n’y a pas énormément de différence de niveau entre les 5 premiers grimpeurs du classement. Je pense que nous avons tous un niveau similaire, nous pouvons tous gagner une épreuve. Cette année, c’était son tour !

Tu as enchaîné plus de 20 voies dans le 9e degré. Quelle est celle qui t’a coûté le plus d’efforts et pourquoi ?
Parmi toutes ces performances, celle qui m´a posé plus de problèmes a été Realization à Céüse, tout simplement parce que le pas le plus dur était beaucoup trop loin pour moi, et il n´y avait pas moyen d’arriver à la prise. J’y suis allé deux ou trois fois, sans arriver à trouver la solution, jusqu’à ce que, en 2008, après Serre Chevalier, j’y retourne. Ce jour-là, surprise, dès le premier essai, j’ai réussi à faire le pas et j´ai finalement enchaîné la voie après 3 essais, ce qui m’a enlevé un sérieux poids des épaules…

Quelle est la voie qui t’a laissé le meilleur souvenir ?
La Rambla : une voie très spéciale car très sollicitée et très recherché par les grimpeurs d´élite. J´étais ravi de faire la première ascension d’une voie tellement emblématique du point du vue international.

Est-ce que tu équipes aussi ?
Peu, mais j’ai équipé quelques voies, à peu près une vingtaine, cotées entre le V+ et le 9a. Il s’agit d’un aspect de l’escalade que m’attire, et j´aimerais bien pouvoir équiper d´avantage. Mais étant donné mon planning d´entraînements, la saison de compétition, et le temps qu´il faut pour équiper, je ne peux pas beaucoup le faire pour le moment. J’ai l´habitude de m’y mettre en inter saison, quand je suis un peu plus détendu, il s’agit pour moi d’une tout autre expérience, il faut prendre son temps pour la création.

Quels sont tes projets pour 2012 ?
En principe, mon planning est de grimper tous les jours et d’arriver à grimper 9b, une cotation que je n’ai pas trop essayé pour le moment. Ce sera l’objectif principal après la fin des compétitions. J´ai beaucoup de projets en 9b dans ma tête, mais principalement ici à Catalogne, où l´on peut en trouver d´avantage.

Quels sont les grimpeurs qui t’inspirent ?
Beaucoup ! Parmi les grimpeurs actuels, ceux qui font progresser l’escalade encore plus loin, je citerais Chris Sharma, Dani Andrada, Adam Ondra, Dave Graham… et bien d´autres. Je pourrais en citer des douzaines… Ce sont eux qui m´inspirent pour continuer à progresser dans notre sport.

Te considères-tu comme un professionnel à temps complet ? Tes contrats de sponsoring te permettent-ils de vivre ?
En effet, depuis quelques années, je me consacre entièrement à l´escalade, aux entraînements, aux compétitions et à la performance en falaise. Auparavant, je travaillait le matin comme électricien, et tous les après-midis, je m´entraînais. J’ai finalement décidé d´arrêter de travailler pour me concentrer à l’escalade. Pour l´instant, la relation avec mes sponsors est excellente, et grâce à eux, je peux vivre comme professionnel de haut niveau. Il y a aussi les primes de compétitions qui aident bien.

Selon toi, l’escalade a-t-elle la place médiatique qu’elle mérite ?
À vrai dire, ici en Espagne, non… L´escalade reste un sport encore très minoritaire, et donc qui se voit octroyer peu d´importance, une faible répercussion dans les médias. Je pense qu’elle mériterait plus d’attention.

L’escalade aux JO, une bonne chose selon toi ?
Les JO ? Oui, ce serait très positif, cela changerait tout au niveau de la répercussion dans les médias, et cela serait sans doute un pas en avant pour notre sport.

Une dernière chose que tu aimerais dire aux lecteurs d’EscaladeMag ?
Qu´ils profitent et se fassent plaisir !

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