Sanetsch, pour garder une peau saine

Après le salon de Friedrichshafen, cap sur la Suisse et plus précisément sur le Sanetsch, haute falaise d’alpage où nous attendent les frères Rémy pour une visite trois étoiles. Belle rencontre avec cette cordée magique d’équipeurs farfelus, et à la clé un bel article qui paraît dans le n° de juin 2011, dans la rubrique Carnet de voyage.

Sanetsch, pour garder la peau saine !

Une marmotte, deux marmottes, sept marmottes… C’est un escadron de maquisardes qui siffle à notre approche. Les suissesses sont en émoi. La chef, ébouriffée comme une aisselle touffue, a surgi de son terrier. Glamour l’éclaireuse ! Chargée d’effluves sauvages, elle nous regarde d’un air effronté : alors, on vient transpirer au Sanetsch ? On aime le calcaire un poil rugueux ? La douce sensation de fraîcheur dans les alpages ?

C’est pire qu’à la douane. C’est qu’elle est tatillonne, la petite dodue ! Pour un peu, ça vous fouillerait le sac de grimpe, à défaut du vanity case, histoire de vérifier que tout est en ordre. « Pas de devises à déclarer ? Ces nuts, ça serait pas des contrefaçons ? Il est hypoallergénique, ce déo-bille ? Parce que l’équipement, là haut, il est aéré, garanti sans paraben ni points excédentaires ! Vous avez la caisse ou bien ? »

Réguler la transpiration
Bon, laissons-là les clichés helvètes : la police des frontières, le feu au lac et les marmottes qui mettent le chocolat dans le papier d’alu. Par contre, rien n’empêche de garder sous le coude un bon anti-transpirant : car on a beau être en altitude, les grandes voies des frères Rémy, ça fait quand même perler quelques gouttes au front. Dieu merci, l’équipement est moins craignos qu’au Wenden ou au Rätikon…

Le Sanetsch, c’est le calcaire du Verdon posé dans les alpages, avec vue sur le barrage et le lac du Sénin, à 2034m : une barre de 250 mètres, coupée par une vire médiane, qui offre un rocher adhérent, sculpté, avec des traversées exigeantes et des rappels parfois en fil d’araignée à la redescente. L’escalade y est bien équipée : ni banzaï, ni surprotégée !

Pour appréhender l’ambiance alpine et prendre la mesure de ces lignes impressionnantes, il n’est pas interdit de redescendre d’un cran dans les cotations. C’est ce que nous choisissons de faire, pour nous régaler d’une grimpe variée sur cannelures, réglettes, gouttes d’eau, fissures, incrustations de silex… C’est beau à en pleurer, ce calcaire hyper compact qui subitement arrive à une strate de grès. Et ça surprend totalement !

Axis, laissez le charme agir
C’est au début des années 80 que commencent à s’équiper les premières voies, comme la désormais classique Au bord du vide (6c max, 6a obligatoire). À l’époque, la route qui conduit au barrage n’est pas encore goudronnée et l’ambiance des lieux est austère. Logiquement, on ouvre en s’attaquant aux lignes de faiblesse. L’usage du tamponnoir impose une certaine exposition.

Par la suite, la perceuse entre en scène et permet d’envisager les dalles compactes. L’activité se modifie, l’escalade devient plus sécurit’. En 1984, la première grande voie en 7 de Romandie voit le jour : Axis (7a max, 6b obligatoire). Elle fait rapidement référence. Et peu à peu, un dense réseau d’itinéraires se tisse.

Parmi tous ceux-ci, que vous recommander ? Pour les plus faciles, sans hésiter : Les Zéros (6a+ max). On suit une grande rampe oblique dominant le lac, ambiance garantie pour 6 longueurs homogènes dans le 5a. Rock n’ roll (2 pas de 6c, 5c+ obligatoire) reste aussi une base. Plus propices à faire naître des auréoles sous les bras : Starions (6c+ max, 6b obligatoire) et surtout Suprême dimension (7c max, 6c obligatoire), à réserver à ceux qui n’ont pas peur de la sudation…

Efficacité irréprochable
Les parois vertigineuses du Santesch culminent à 2569m sur le petit sommet des Montons, mais avant de vous lancer, vous pouvez bien sûr opter pour une approche progressive : une journée dans les couennes ! Cette technique s’avère redoutable pour neutraliser les désagréables odeurs de trouille et profiter pleinement de ce vert paradis vertical.

Au secteur Tsingy, une trentaine de voies vous attendent : Domino (5c) et Chocolino (6a) sont de parfaites mises en jambe avant d’aller plus en hauteur. Et au-dessus du barrage, un joli secteur, frais et ventilé, s’offre à vous. À 5 min de la route, les dalles parfaitement équipées de Luyet sont idéales pour l’initiation en moulinette. Mention spéciale pour Spaghetti code (4b) et Ohne Volt kein Bolt (5b).

Doux et sans alcool ?
À deux pas des voies, se trouve l’Auberge du barrage et son musée rupestre, une bonne manière de décompresser le soir, en savourant une assiette valaisanne et en écoutant les histoires abracadabrantesques de Jean-Maurice Luyet, un personnage haut en couleurs ! L’homme s’enorgueillit d’avoir la cave à vins la plus haute du monde : encore faut-il en ressortir à jeun pour le contredire !

Si c’est le cas, vous pourrez regrimper le lendemain, à moins que vous ne préfériez randonner à travers les lapiaz jusqu’au refuge de Prérochet, ou bien faire le tour du lac en repérant les blocs ! Dire que le calcaire du Sanetsch rend la peau soyeuse au toucher serait bien mensonger. Mais estiver en Suisse, ça ne manque pas de charme ! Alors prêts pour le fendant et l’oxygène à Sion ?

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